En finir avec la pégomanie géopolitique : quelques mots à propos de la Syrie

Edit : J’ai revu et corrigé ce billet en essayant d’être plus clair et plus rigoureux. Merci pour vos commentaires, tous. 

Ce billet n’est pas une tentative d’enseigner quelque chose à des personnes qui s’y connaissent en politique internationale, pour la simple raison que je n’aurais rien à leur apprendre. Je le rédige plutôt à l’intention des observateurs curieux de la politique internationale, qui s’avèrent novices en la matière, c’est à dire des gens comme moi. Je ne souhaite pas apporter de réponses sur un sujet quelconque : je suis là pour essayer de retourner des cailloux mentaux, dans l’espoir de nuire à la manie qui surgit si souvent quand le sujet de la « géopolitique » vient sur le tapis. Je n’entendrais pas ici donner de la situation en Syrie une description précise et rigoureuse. Elle ne me servira que d’exemple pour tenter de mettre en avant les lacunes du raisonnement dit « géopolitique », répandu dans le discours médiatique (l’on ne compte plus les géopolitologues qui défilent sur les plateaux) et vendu comme étant le quasi-unique raisonnement sur les causes et les fins d’un conflit complexe, au détriment d’explications sociologiques qu’il tend à dénigrer pour ne prétendre que voir une « réalité géopolitique » qui dépasserait l’individu et seule verrait au milieu d’un flot de facteurs, ceux qui seraient les « bons » pour expliquer le conflit. Le problème de cette explication est qu’elle tend à dépolitiser et l’Etat, et les sociétés. Par la « géopolitique », on vole la guerre aux syriens. J’ai nommé cela, bien pompeusement, la pégomanie géopolitique

Source : Yasin Akgul/AFP
Source : Yasin Akgul/AFP

Un nom pas bien original, vous l’aurez remarqué, mais il contient beaucoup de syllabes, ça fait intelligent. Il s’agirait tout de même de l’expliciter, puisque c’est pour cela que nous sommes là. Enfin, pour ma part en tout cas. Commençons par la pégomanie. C’est un terme que l’on doit à l’historien helléniste Marcel Détienne, un mec qu’on ne relierait pas forcément, a priori, avec les relations internationales. Pour Alain Guerreau, la pégomanie peut être définie comme le fait de s’accrocher à l’idée que « tout « fait » a pour « cause » un « fait » qui lui est antérieur, d’où la « regressio ad infinitum » et la recherche insane des origine de tout et de n ‘importe quoi[1]« . C’est en somme le fait de vouloir rattacher un évènement à une source précise, une seule, une « idole des origines« , pour reprendre Marc Bloch. Ca fait beaucoup de références à des historiens, je trouve, je devrais me calmer. Cette idée « d’idole des origines » est celle qui fait que l’on cherche l’origine, et plus généralement le sens, de quelque chose dans une source première. Un exemple, quoiqu’imprécis sans doute, serait celui de la cristallisation d’un minéral dans un verre d’eau, tel que le décrit N. Elias, dans La civilisation des moeurs.

Quand vous essayez de réaliser des cristaux de sel, par exemple, vous mettez dans un verre d’eau des grains de sel, puis une ficelle qui servira d’aspérité où se fixeront les cristaux. Avec le temps viendra se cristalliser un premier cristal de sel, sur lequel se fixeront d’autres qui entraineront ensuite la formation d’un gros cristal. Est-ce ce premier cristal le responsable de ce résultat ? Non, c’est ce qu’il y a eu autour de lui : l’eau, la ficelle, le temps, bref : il est le résultat d’un processus. Et pour expliquer ce qui touche aux relations sociales, il faut s’intéresser à ces processus. L’histoire des sciences fait remonter la pensée en termes de processus au XVIIIe. Je ne saurais le discuter, je l’indique des fois que ça vous intéresse.

Cette pégomanie est un écueil à la réflexion : il est nécessaire d’accepter la complexité d’une situation, sans chercher à réduire la résolution au maximum, pour espérer trouver dans tout cela une raison originelle.

Venons-en au terme de géopolitique, maintenant, qui n’est pas forcément lié à cette pégomanie à l’origine. Autant vous dire que si des historiens me lisent, il est possible qu’ils s’arrachent quelques cheveux sur le dévoiement que je risque de faire d’un terme qui a un sens particulier dans la théorie historique, en essayant de le mixer avec le domaine de l’étude des relations internationales.

La géopolitique est un peu un « catch-word ». On y fourre ce que l’on veut, au mépris souvent de l’objet d’étude qu’il constitue réellement, pour en faire une certaine forme d’expertise sur l’internationale, qui tend à rapporter le monde à une lutte de puissance, en « durs », qui viendront vous expliquer le monde en termes de puissance, d’intérêts, de forces armées… Pour P. Taylor, cela s’inscrit dans la continuité d’une rhétorique de Guerre Froide : « ces études parlent d’impératifs géopolitiques, et traite la géographie comme un « facteur permanent » autour duquel doit s’organiser toute pensée stratégique« .

Cette géopolitique là est une rhétorique, et ne doit pas être confondue avec la théorie réaliste des relations internationales (bien que selon Taylor, la géopolitique est en fait seulement un des éléments de cette théorie, ce avec quoi je ne m’accorde pas), ni avec la realpolitik, ni avec… la Géopolitique.

La Géopolitique, au sens scientifique, pour la faire courte, souffre d’un problème de définition de son objet. Une définition plutôt simple, quoique sans doute lacunaire, nous est donnée par Geoffrey Parker : l’étude des Etats comme des phénomènes spatiaux, ayant pour objet la compréhension des fondements géographiques de leur pouvoir[2]. Mais dans le domaine de la science politique des relations internationales, la géopolitique, c’est aussi ce qu’elle dit dans son terme même : une politique. Une politique de puissance, plus largement, où l’ordre international se résumerait à une confrontation d’intérêts entre puissances. C’est une politique que mènent aujourd’hui des puissances dites « révisionnistes », c’est à dire souhaitant renverser l’ordre actuel du monde qui tend plus à l’interdépendance et à la coopération, comme la Russie, où la Chine. C’est ce que Walter Russel Mead nomme « Le retour à la géopolitique« .

Ici, nous nous intéresserons à la géopolitique comme rhétorique, non pas comme science, donc sans grand G, un moyen de distinction vachement pratique. A ce sujet, l’irlandais Gerard Toal a développé l’école de la « Géopolitique critique » et livre des éléments intéressants : la Géopolitique séduit le discours journalistique parce qu’elle induit un discours en terme de puissance et de danger. Surtout la Géopolitique est présentée comme un fait de la politique internationale : elle y est intégrée, c’est comme ça. C’était comme ça quand on est arrivé. Les gens vivent, meurent, mais ces éléments restent. Il se présente comme un discours sur la réalité, dépolitisé au maximum, purifié de toutes considérations politiques complexes. La Géopolitique attirerait ensuite parce qu’elle explique beaucoup de choses en des termes simples : « elle offre un cadre dans lequel des évènements locaux peuvent être reliés à un tableau plus global« . Enfin, la Géopolitique est populaire parce qu’elle promet un discours prophétique sur les affaires internationales, discours lié à la dépolitisation qu’elle promet. Il y aurait des choses sur lesquelles tout le monde s’entend. [3] Cette école de la Géopolitique critique est intéressante pour ce qu’elle apporte sur le plan de la Géopolitique comme science, mais surtout sur le plan de la géopolitique comme rhétorique.

Ces termes brièvement expliqués, il s’agirait de les mettre en relation. Par pégomanie géopolitique, j’entends, du moins j’essaie, l’idée que l’on peut résumer l’origine d’une situation internationale à une cause unique, ou presque, qui serait d’ordre géopolitique, c’est à dire relevant d’une confrontation directe ou non entre Etats sur le terrain de leurs intérêts. De cette considération tenant à l’interprétation de l’origine d’une situation découle des interprétations sur son déroulement et sa fin probable ou souhaitable qui ne se développeront dès lors qu’à l’intérieur du prisme défini par son origine, surestimant des facteurs géopolitiques et niant les facteurs sociaux. Une origine étatique, donc, guidée par des intérêts essentialisés et réifiés, souvent à la simple quête du profit ou de la puissance. C’est le pétrole des Balkans, le prospère sous-sol irakien, l’oléoduc syrien, si chère à Jean Luc Mélenchon. Cela découle d’attentes particulières que l’on a vis à vis des acteurs en fonction de l’image que l’on s’est construite d’eux. Difficile aujourd’hui d’expliquer que l’Amérique n’est pas allée au Kosovo pour ses propres intérêts géopolitiques. Pourtant, c’est une rationalisation faite généralement a posteriori, basée sur une interprétation biaisée et lacunaire de la guerre en Irak.

La pégomanie géopolitique est une rhétorique. C’est comme ça que je l’entendrais désormais pour éviter la confusion. C’est assez tautologique, je le reconnais volontiers. Pourtant, l’explication géopolitique du conflit syrien est particulièrement répandue dans les discours politiques (Coucou Jean Luc !), dans les articles de journaux connus (Coucou le Figaro !), et sur les réseaux sociaux (Coucou anonyme vindicatif !) : La guerre en Syrie se ferait sans les syriens. Me voilà venu à mon exemple visant à tenter d’appliquer à un cadre restreint mon propos.

Il s’agirait d’une guerre par proxy, menée par l’Arabie Saoudite, la Russie, l’Iran, les USA, ou l’Europe. Tout cela aurait commencé à cause d’un oléoduc, et puis serait une nouvelle immixtion occidentale dans les affaires moyen-orientales, pour le pétrole, évidemment. Bref, il n’est question que d’Etat, de ressources, de fric, tant de notions si grandes que l’individu s’y dissout. Des notions si grandes que la politique y meurt aussi. Au diable les acteurs sociaux, les identités de chacun : tout est affaire de puissance, d’intérêts. C’est un affrontement de puissances, et les hommes au milieu de cela font l’Histoire sans savoir l’Histoire qu’ils font.

Cette explication est biaisée en raison de deux facteurs : le premier est celui des outils utilisés pour interpréter le conflit, le second qui en découle est une incompréhension sur la source du conflit.

  • Les outils, c’est ce dont j’essaie de parler : une vision du conflit basé seulement sur une rhétorique « géopolitique ». La guerre civile en Syrie serait un conflit entre la Syrie, soutenue par la Russie et l’Iran et l’Arabie Saoudite ainsi que l’Etat Islamique, un acteur bien difficile à délimiter, sans compter les acteurs occidentaux qui auraient laissés faire, ou appuyés l’un des camps, pour bénéficier de l’oléoduc (ou des ressources pétrolières syrienne, peut importe que celles ci soient extrêmement réduite, et que la Syrie n’exporte quasiment rien en termes de pétrole). Mais la Syrie est une guerre civile, causée par la misère grandissante, l’autoritarisme du régime, un exode rural soudain lié à une canicule qui a rendu plus difficile la vie dans les campagnes, mais aussi par le printemps arabe qu’il est inimaginable d’oublier, et j’en oublie tant. Une guerre civile n’est pas une explosion, c’est un processus. Au sujet de ce processus, je vous conseille la lecture du livre de F. Burgat et B. Paoli, Pas de printemps pour la Syrie.

La réalité politique de la Syrie n’est pas facile, il faut souvent se réduire à accepter la complexité. Une complexité qu’écarte la lecture géopolitique, en la remplaçant par une autre, celle des relations internationales. Il n’existe pourtant plus de vases clos aujourd’hui, plus de séparations entre affaires du dedans et du dehors. C’est ce que J. Rosenau nomme le linkage, terme désignant le lien entre les affaires internationales et les affaires internes d’un pays[4], liant la sociologie à l’étude des relations en faisant l’étude des relations transnationales.

Pour donner un exemple simple : la fin de la Guerre Froide ne donne pas lieu à une seule explication géopolitique. Certes, des facteurs géopolitiques sont entrés en compte. Mais la guerre froide a pris fin pour des raisons sociologiques : ce fut d’abord les droits des minorités magyares en Roumanie, qui poussèrent la Hongrie à ratifier la convention de 1951 sur les droits des réfugiés, mais aussi les droits des homosexuels en Slovénie, la volonté de mouvement recherchée par les habitants vivant derrière le rideau de fer… La Guerre Froide a pris fin parce qu’elle a perdu son sens aux yeux des sociétés, et ce bien avant la déroute russe en Afghanistan. L’explication « géopolitique » fonctionne de front avec l’explication sociologique, mais l’une ne peut se substituer à l’autre. Ce n’est pas nier ce que Rosenau nomme le facteur Gorbatchev, mais le nuancer, pour écrire une histoire plus pertinente de l’évènement : la Guerre Froide n’était pas une lutte géopolitique, c’était un écosystème qui avait des retombées autant internationales que sociales. Et c’est par le social qui vint sa fin, le concert de Bruce Springsteen à Berlin ayant eu sans doute plus d’impact que le « Mr Gorbatchev, tear down this wall » de Reagan, selon l’historien Pierre Grosser.

  • L’incompréhension sur la source, elle, découle de la lecture géopolitique évidemment. Chercher des raisons géopolitiques à la guerre exige d’écarter toutes raisons sociales pour surestimer les raisons internationales tangibles, intérêts mesurables, sur lesquels tout le monde peut se retrouver ou au moins se comprendre. Au pire les explications sociologiques sont écartées, au mieux, elles sont réduites à des résultats de la situation géopolitique. Cette lecture géopolitique donne son origine dans l’oléoduc dont je parle depuis un bout de temps, l’Islamic Gas Pipeline, un projet d’oléoduc conclu en 2009 et destiné à faire transiter du gaz depuis l’Iran jusqu’à la Syrie, en passant par l’Irak, pour desservir ensuite l’Europe par un canal sous-marin. Il esquive donc l’Arabie Saoudite en créant une « ceinture » d’alliés qui placerait l’Arabie Saoudite dans une situation compliquée pour sa sécurité, étant entendu que ses relations avec l’Iran, l’Irak et la Syrie ne sont pas nécessairement les meilleures du monde. Et du coup, l’Arabie Saoudite a réellement essayé d’influencer la politique syrienne pour déstabiliser le régime syrien. Cela explique en partie pourquoi la révolte a connu un chemin différent de celui des printemps arabes, avec une émergence de la contestation dans les mosquées[5], mais pas uniquement, quand une bonne partie du monde arabe aurait connu une révolution étudiante (Ce qui est discutable). Cette théorie de l’oléoduc permettrait aussi d’expliquer le fait que l’Occident ait regardé ailleurs, souhaitant voir venir vers lui le gaz. Bref, on peut tout expliquer par cet oléoduc : il est la source géopolitique du conflit. Les rivalités de puissance que connaissait la région, luttes pour occuper les vides de puissance régionaux, servent de contexte.

A partir de cette source, on peut interpréter le conflit en termes géopolitiques : l’intervention saoudienne, la forte présence de troupes iraniennes[6] sur le sol syrien, la non-réaction de l’Occident, l’importance de la Russie dans le conflit… Et puis, l’explication par les hydrocarbures a l’avantage de contenir une critique de l’Occident sur son rapport au Moyen Orient. Lorsque Mélenchon invoque l’oléoduc, je ne peux pas croire qu’il ne cherche pas à diaboliser l’impérialisme capitaliste. Maintenant que le conflit dure, et que les puissances étrangères sont de plus en plus mouillées dans le conflit, on peut affirmer sans passer pour un idiot qu’elles sont responsables. C’est pourtant une rationalisation a posteriori. Ce n’est pas parce que la prégnance de la présence étrangère a été si forte une fois le conflit ancré qu’elle était destinée à advenir. On entre clairement dans le biais de confirmation, là.

En somme, l’explication géopolitique néglige la moitié au moins du problème, hiérarchise à sa sauce les facteurs pour oublier de plus le fait qu’il s’agit d’une guerre civile. L’interprétation géopolitique est une mise en récit, comme toute interprétation, qui ne peut se séparer d’une intentionnalité, comme toute interprétation. L’intentionnalité varie selon le porteur du discours. Pour les pro-russes ou pro-Assad, elle vise à décriminaliser en plaçant ceux ci dans une position de défense face à des adversaires étrangers. Pour la gauche, elle permet de culpabiliser l’Occident, voire les USA, parce que c’est un argument qui marche bien, et de lutter contre l’impérialisme. Comprenez ma rage de voir un conflit interprété à l’aune de son propre agenda anti-impérialiste par un leader de gauche.

Bref : la pégomanie géopolitique mène à l’erreur. L’erreur de croire que les choses peuvent être simples, qu’elles l’ont été à un moment donné, que tout commence avec le premier cristal de sel. Cette pégomanie est la même qui résume l’intervention russe en Afghanistan à la quête du pétrole afghan (C’est faux : elle visait à s’assurer que la révolution communiste d’un pays allié et frontalier ne tournerait pas au vinaigre, comme cela semblait s’annoncer[7]), ou l’intervention en Irak en 2003 à une quête du pétrole (Ca, c’est un point intéressant à discuter : évidemment que le pétrole a joué un rôle dans le choix américain, mais bien moins que 3 autres facteurs selon A. Bacevich : 1) Prouver l’efficacité de la guerre préventive comme stratégie 2) Démontrer au monde que l’Amérique pourrait changer à sa guise un régime si celui ci n’était pas démocratique 3) Etendre enfin au Moyen Orient les standards libéraux en matière de normes sociales et démocratiques, afin de continuer le projet néoconservateur qui s’était arrêté en 1991 dans le désert irakien. Fin de la parenthèse[8]). On cherche une source unique, celle qui nous arrange, et à partir d’elle on interprète le monde, pour en avoir une vision qui rassure. Une où il y a des bons et des diables, des intérêts immuables, des choses qui ne changent pas, et des explications à tout, qui tiennent en moins de 5 lignes. Mais c’est une erreur : la lecture géopolitique est une impasse si elle n’est intégrée dans une vision plus large qui hiérarchise les différents facteurs. Et cette erreur pose problème aussi sur le plan moral : elle empêche de penser en termes moraux puisque tout est réifié, presque systématisé. Non pas qu’il faille expliquer en termes moraux, mais replacer les humains dans l’équation rend plus difficile de se dire que les Etats sont « des monstres froids« . Nietzsche n’était pas un penseur des relations internationales et écrivait à un temps qui n’est plus le notre.

En conclusion mon point n’était en aucun cas d’expliquer la situation en Syrie : je n’en suis pas capable. Ni même d’expliquer clairement quels sont les défauts de la rhétorique géopolitique, on l’a fait avant moi et bien mieux. Simplement de montrer que c’était bien la merde. Le discours géopolitique médiatique, dénué de rigueur, tend à la fois à réifier le conflit, mais aussi à le dépolitiser. On ne voit plus les acteurs et leurs identités, mais une carte du monde sur laquelle pourrait s’inscrire une réalité sociale. La pégomanie géopolitique est l’incarnation de ce discours, en réduisant au maximum la complexité d’une situation pour voiler une réalité sociale et politique qui entrainerait la nécessité de discuter de politique, justement. Pourtant il fallait accepter cette complexité, cet écheveau sans fin, abandonner la simplicité des schémas narratifs géopolitiques et statocentrés, et de ne pas arriver à trouver qui est le méchant de l’histoire en regardant une carte du monde politique. Si je devais donner mon avis, je dirais que celui qui multiplie les crimes de guerres et tire un immense profit de sa capacité à mener une guerre asymétrique grâce à un allié venu du froid a quand même plus de chances de figurer sur la première place du podium des salauds. Ho, il s’en tirera sans doute sans grand mal. « Mais l’Enfer, Isabelle, vous y avez pensé à l’Enfer ?[9] »

Didymus

PS : @DelphineLaNuit m’a passé le lien de cet intéressant article sur le FN et la vision géopolitique, je le trouve intéressant, alors je vous mets ici le lien : http://www.revue-interrogations.org/L-extreme-droite-francaise#outil_sommaire_4


Notes diverses

[1] Guerreau Alain. L’historique, le rationnel. In: Espaces Temps, 30, 1985. Cet obscur objet de l’histoire. 2. A la recherche du temps social. pp. 28-34;

[2] En version originale : The study of states as spatial phenomena with a view to reaching an understanding of the geographical bases of their power. Geoffrey Parker, The geopolitics of domination, Routledge, 1988, 184p, page 168

[3] Ó Tuathail, Gearóid, Simon Dalby and Paul Routledge (editors), “The Geopolitics Reader”, Routledge, 2006.

[4] C’est ce qu’il s’efforce de démontrer dans un ouvrage très important en relations internationales : Turbulences in World politics

[5] Etant entendu que si l’Arabie décidait de financer des contestations, autant financer des contestations religieuses sunnites, plutôt que des contestations étudiantes qui ont tendance à être un peu trop laïques.

[6] Il convient là de nuancer la position de l’Iran. Le régime soutient la Syrie. La population est bien plus partagée : on a pu voir très récemment des manifestations au Khuzestan. Les populations azéries ne soutiennent pas du tout cette intervention par exemple. Les sunnites ont des positions variées. Bref, la poursuite de l’intervention iranienne pourrait être conditionnée par le résultat des élections de 2017.

[7] D’ailleurs ce qui est marrant est qu’un membre de l’Etat major russe avait déclaré en novembre 1979 qu’intervenir en Afghanistan serait une erreur parce qu’ils s’y casseraient les dents, et qu’ils peineraient à en sortir. Comme quoi, c’était bien vu. Non, c’était juste une anecdote comme ça.

[8] A ce sujet, le livre d’Andrew Bacevich, America’s war for a greater middle east, est un excellent livre que je vous conseille pour comprendre les ressorts profonds de l’attitude américaine au Moyen Orient.

[9] Disait le juge Maloine dans la pièce de Jacques Deval Et l’enfer, Isabelle ?

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s